Auvergne Passion Mouche

Journal d'un passionné de pêche et de nature

Je souffre de dissonance cognitive

Il fait frais, ainsi pourrait s’écrire les premières heures de la saison 2018.

C’est une eau fraiche, tendue s’écoulant le long de berges désertées qui offre un constat bien peu réjouissant.

Comme une évidence  que nous sommes très loin des conditions parfaites pour traquer dame fario. Occasion de trouver quelques excuses pour comprendre les raisons de bien des échecs pour nombre de pêcheurs.

Pourtant en écrivant ces lignes, je ne peux m’empêcher de repenser à ces séquences de  pêche réalisées de l’autre côté de l’atlantique en 2017.Là sous la neige, dans une eau glaciale, dans des conditions que bien des pêcheurs auraient considéré comme impossible, je me souviens des museaux avides de ces farios en quête de nourriture. Comme un constat sans appel qu’il est urgent de se poser les bonnes questions.

De Paris, comme une idée peut être, comme un réflexe, comme l’impression de s’attaquer à la plus faible des proies, l’agitation du monde médiatique nous a fait prendre conscience que la pêche n’était plus à la mode.

D’une parole qui nous vient d’Ushuaia ou l’on prend la mesure de la disparition du dernier rhinocéros blanc au chant des oiseaux que je n’entends plus lorsque je sors le matin, c’est un autre état d’urgence qui me pousse à une inquiétude bien plus profonde que celle d’une pétition qui anime la toile.

Il me serait alors  facile à l’image de ces quelques éditos  de continuer à défendre contre vent et marée l’expression d’un loisir pêche sur lequel je m’interroge de plus en plus.

De la prétendue popularité  d’une activité dite de pleine nature qui ne représente plus que 2 à 3 % de nos contemporains et dont l’élitisme n’a jamais été aussi présent   à l’angélisme actuel poussé par une sur professionnalisation du loisir pêche. Epoque formidable  ou le politiquement correcte est devenue nécessaire pour ne pas déranger les quelques clients qui résistent au déclin.

J’aurais pu vous inviter à tous cela mais je dois avouer qu’à la différence de beaucoup je me sens aujourd’hui responsable, conscient de cette dissonance cognitive qui est la mienne.

Comme cette irrésistible envie de traverser une fois encore l’atlantique pour aller vivre là-bas des émotions rares que j’achète grand coup de kerosene.Un  plaisir qui  suffit à faire de moi un homme qui pollue comme tous les autres.

Comme ce kiff absolu que je m’offre chaque année ou je suis devenu drogué d’une adrénaline qui me pousse à filer à tout berzingue dans l’odeur des moteurs à essence sur l’immensité bleue de la méditerranée à la recherche d’une chasse de thon.

Comme d’innombrable exemple qui me font mesurer parfois la pertinence de ces associations qui montre du doigt ce que je suis.

Plus facile serait-il pour moi comme une bête aux aguets  de montrer les dents, tout crocs dehors, bavant les stigmates d’une humanité relayée au placard. Plus facile serait-il pour moi d’exprimer à l’image de certains amuseurs de foule une misogynie qui me dégoute

Mais je vous le répète, je souffre d’une dissonance cognitive

Ce mal étrange qui me pousse chaque jour à me lever avec comme unique pensée celle d’aller à la rencontre d’une truite pour la regarder repartir dans l’eau.

Acte prémédité dont je mesure la bêtise. Acte prémédité  dont l’essence réside dans l’art de cultiver l’inutile . Acte prémédité qui me conduit vers une forme d’intégrisme. Acte prémédité d’un être libre qui n’aura jamais la prétention de s’octroyer le doux qualificatif à la mode : Protecteur.

Ainsi pendant que d’autres souffriront de ces mouvances qui nous montre du doigt, moi je n’en aurais que faire, assis là au bord d’une rivière, amusé de tous ce brouhaha.

Ainsi pendant que d’autres s’inquièteront de l’avenir, moi  n’ayant rien à vendre et au final rien à gagner  , je continuerai inexorablement à chercher derrière le moindre caillou la source de ma dépendance.

Ainsi pendant que d’autres auront tant à dire , moi je laisserai ma place , désabusé par une lassitude profonde d’un univers dans lequel les bénévoles ne sont plus qu’a service de  quelques ambitions

Ainsi pendant que  d’autres auront tant à faire, moi je profiterai de ces derniers instants, persuadé qu’aujourd’hui  pour auvergne passion mouche il n’est plus l’heure d’être militant mais juste de témoigner d’un monde qui s’achève.

Ainsi pour conclure je partagerai  ma conviction profonde que le vrai danger de la pêche en France n’est pas quelques anti-specistes mais notre incapacité dramatique à faire de nos rivières des espaces récréatifs  pour un monde qui a tant besoin d’évasion.

 

 

Updated: mars 28, 2018 — 12:45

8 Comments

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  1. Superbe ! Bravo

  2. Magnifique et tellement vrai Merci

  3. Exceptionnel de sincérité et de réalisme.

  4. Bonjour,quelle lucidité et bravo pour cette analyse et ce texte .

  5. Superbe texte, tu as su mettre les mots sur nos sentiments partagés.

  6. Superbement écris. Merci

  7. Bonjour ,
    En effet ,très beau texte !
    Mais la fin ne me plait pas du tout ! ,rien ne s’achève ici ,rien ne meurt ,mais les choses se transforment .
    Assurément ,avec ou sans notre consentement ,elles changent .
    Je suis bien loin du parfait optimiste ,même pas la chance de l’innocent au mains pleines .
    Mais ,si je regarde mon histoire personnel ,j’y vois l’espoir d’une trace .
    Famille de pécheurs ,au bord de l’eau depuis l’âge ..l’âge de ne pas m’en souvenir..
    Famille de pécheurs…..à remplir le congélateur car ,le permis ça sert à ça non ?
    Ah ,oui ,on oubliera de les manger ..pas grave on les jettera en fait d’année ,place au reste de dinde..
    Et moi ,moi ..j’ai pris l’aiguillage ..aimé ces rivières qui me donnent tant ,et leurs habitants .
    Et je me bats ,dans ma propre famille ,pour changer les mentalités ,avec succès ou échecs ..cela importe peu
    JE DIFFUSE
    JE PERCOLE
    Je n’harangue pas les foules ,je ne me répands pas en discours intégristes sur les réseaux sociaux ,je pense que l’action se fait comme de l’encre coulant au même endroits sur un papier buvard…par diffusion.
    2 a 3% c’est en effet pas grand-chose. …..Mais celle ou celui qui achète bio (circuit cour et tout le tralala …) fait partis intégrante de notre combat .
    Les choses changent ,vers le mieux ,avec des excès ,il y en a toujours pendant les crises d’adolescence ..
    J’ ai 1 fils de 2 ans ,je veux qu’ils connaissent les miroirs de l’eau ,j’espère dans 1 meilleurs états qu’aujourd‘hui.
    Si il m’interroge sur mes actions ,je lui dirais ,j’ai défendu à mon échelle les causses qui me semblaient juste ,j’ai cultivé mon potager sans pesticide ect
    Et .. j’ai même écris tout ça sur le web ! pour que cela vienne s’inscrire sur 1 serveur quelques part et que cela subsiste envers et contre moi….consommant grassement une électricité bien trop précieuse…
    Bref ,je lui dirais que rien n’est blanc ou noir ..mais d’un sacré gris sale…mais qu’il fera surement mieux que moi ,parce qu’il me jugera .
    Halieutiquement
    Thibault @lordsofrivers.com

    1. Auvergne Passion Mouche

      Bonjour
      Merci de votre commentaire plein de pertinence.Il est pour moi nul question de pretendre au fait que les choses ne peuvent pas se transformer et ma prise de position ou de parole ne peut s’integrer que dans un contexte ou je participe je le crois activement à la defense du loisir peche dans un contexte de plusieurs mandats associatifs qu’il soit au sein d’une féderation de pêche ou au sein de structure comme la FFPS.Par contre je pretend à une forme d’urgence absolu sans lequel si nous ne prenons garde les choses deviendront irreversible à jamais comme la disparition du dernier rhinoceros..Ainsi oui probablement que le loisir pêche va evoluer , vers quoi je ne le sais …mais force est de constater qu’a trop attendre , nous acceptons une regression importante de nombre de pratiquant….

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